REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Robert Pattinson dans Good Time des frères Safdie.

70e festival de cannes / jour 8

Good Time des frères Safdie (1h35)

 

Un braquage tourne mal. Un homme (génial Robert Pattinson) s'enfuit dans les rues de New York. Le début survitaminé et planant, sur fond de musique électronique, du dernier film des frères Safdie, présenté en compétition, après l'événement Lenny and The Kids en 2009, s'est avéré pour les festivaliers une véritable bouffée d'air frais. La fiction est tellement mise au centre du dispositif, sans jugement ni vaine posture, que le film se situe comme l'antidote du festival avec le film de Robin Campillo, 120 battements par minute. Pour autant, il ne faudrait pas oblitérer les faiblesses de Good Time, parfois trop rapide dans sa construction dramatique pour faire affleurer l'émotion, une surcharge sonore malheureuse (c'est le cas de plus en plus de Films) mais une singularité à toute épreuve qu'il serait fâcheux de passer sous silence. À suivre, donc. Thomas Aïdan

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L'Amant double de François Ozon (1h35)

 

Avec Frantz, son dernier film, François Ozon avait mis en sourdine ses marottes et sa tendance récurrente à instiller un trouble de pacotille. Il semble que ce passage par l'académisme en noir et blanc et l'expérience de la rétention l'aient trop contraint pour qu'il se croit obligé de déverser à la pelleteuse dans L'amant double, le rebut douteux de certaines de ses œuvres précédentes (notamment Jeune et jolie) et de radicaliser ostensiblement son fâcheux penchant à "choquer le bourgeois". Se rêvant comme un dédale erotico-pervers a la fois de palmien et bunuelien, le film pourrait se regarder comme une comédie involontaire n'était la vision douteuse de la femme, créature négligeable n'existant que par ses fantasmes masochistes, qui le sous-tend. Plombé par surcroît par une réflexion lourdingue et constamment surlignée sur la vampirisation à l'oeuvre dans la gémellité, le film se pique d'installer une tension malsaine mais ne parvient qu'à provoquer des gloussements de sidération. Complètement désincarné, L'amant double se réduit, comme souvent chez Ozon, à un film dispositif frigide saupoudré de références (ici splitscreen de palmien, chat tout droit sorti du dernier Verhoeven), dont les moindres rebonds scénaristiques d'une vacuité grotesque et goguenarde, atteignent le summum de la putasserie dans des scènes anatomiques qui se voudraient cronenbergiennes. Entre série Z et sadisme misogyne, cette adaptation d'une œuvre de Joyce Carol Oates, sorte de Jeune et jolie chez le psy, étale sans ambiguïté la répulsion quasi pathologique et le regard problématique qu'Ozon porte sur les femmes. On croit chaque jour atteint le palmomètre de l'abjection et de la complaisance sadique avant que le film suivant ne se charge de rajouter sa pierre à l'édifice. Claire Micallef

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