REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Matt Dillon dans The House That Jack Built.

71e festival de cannes / jour 7

THE HOUSE THAT JACK BUILT de Lars Von Trier (2h35)

Quel est le coût à payer pour construire une œuvre ? Qu'est-ce que l'on donne de soi en sacrifice ? Avec THE HOUSE THAT JACK BUILT, Lars von Trier délaisse ses habituels portraits de Mater Dolorosa pour se confronter frontalement à un homme mauvais - soit Jack, serial killer lancé dans une éperdue course aux crimes. Son nouveau film poursuit la richesse narrative de NYMPHOMANIAC dont il retrouve aussi la force du récit : un dialogue entre Jack et un mystérieux confesseur enrobe THE HOUSE... divisé par 5 chapitres comme autant d'étapes décisives dans le parcours meurtrier de Jack. Loin du film d'horreur attendu malgré quelques saillies sanglantes, LVT livre sans doute son film le plus personnel, mâtiné d'une touche grand-guignolesque bien sentie. C'est que le cinéaste danois accouche d'une œuvre mentale qui revisite son rapport ambigu à l'art et à ses variations, à travers quelques fulgurances graphiques prolongeant son goût pour l'hybridité de ses compositions. Cela dit, THE HOUSE THAT JACK BUILT aurait tout l'air d'un manifeste (artistique, poétique, éthique) s'il ne racontait au fond la chute littérale d'un homme (d'un cinéaste ?) aux enfers. L'émotion qui en surgit alors s'en trouve décuplé. Morgan Pokée

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UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT de Bi Gan (1h50)

Très attendu suite à son KAILI BLUES remarqué il y a 3 ans, le nouveau film de Bi Gan a créé la stupéfaction dans la sélection d'Un Certain Regard. Scindé en deux, UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT poursuit l'errance poétique de son prédécesseur en poussant le curseur un cran au-dessus en terme d’ampleur de mise en scène confinant au trip hallucinant. Dans sa première partie, un homme, Luo Hongwu, recherche une femme qu'il a jadis aimé. Bi Gan articule ce premier mouvement en d'amples allers-retours entre passé et présent. Visant une perte de repères à la fois temporelles et narratifs, la première heure du film déroute par son abstraction tout en donnant l'étrange sensation de préparer à un autre voyage en disséminant des indices (un mystérieux livre vert, une montre…) qui trouveront leur signification dans une seconde partie proprement vertigineuse. Sur le point de retrouver sa bien-aimée, le personnage principal décide de patienter dans un cinéma. Le spectateur que nous sommes est alors invité à chausser des lunettes 3D comme Luo Hongwu. Démarre alors un plan-séquence de près d'une heure où la caméra virevoltante de Bi Gan suit son personnage dans un rêve extrêmement prégnant dont les nouvelles images numériques permettent aux personnages de s'envoler tels des oiseaux ou de progresser, d'un niveau à l'autre, au rythme d'un jeu vidéo. Il faudra revenir sur cette performance inouïe qui n'oublie pas de distiller une émotion induite par le souvenir de la première partie. Morgan Pokée

 

N°16 — En kiosque le 3 mai

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