REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

70e festival de cannes / jour 6

Vers la lumière (Hikari) de Naomi Kawase (1h41)

 

Cannes jour 7, la fatigue commence à méchamment se faire sentir, les réveils en douceur sont donc les bienvenus, surtout après la projection de l'abject film de Yorgos Lanthimos de la veille. Nous étions donc naturellement disposés à accueillir favorablement le dernier film de la douce Naomi Kawase, Vers la lumière. On y voit dès les premières scènes une jeune femme se livrer à l'audiodescription d'un film (sorte de nanar mystique qu'on dirait tiré d'un bouquin de Paulo Coelho) et tester les effets de sa traduction en mots sur un public d'aveugles et mal-voyants. Comment rendre par des mots l'expérience sensible d'un film ? Comment ne pas déborder le sens de l'image tout en s'attachant à retranscrire dans ses moindres détails l'émotion qui en surnage ? Tels sont les problèmes auxquels se collette Miyako, jeune femme émotive et zélée, qui vit dans la nostalgie de son père disparu. Dans son travail, elle croise la route d'un passionné de photographie qui perd peu à peu la vue mais s'attache à garder le contact avec le monde en se cramponnant paradoxalement à son appareil photo. Juxtaposition de solitudes et mise en scène pudique de minorités affectés par la maladie (dernièrement la lèpre dans Les délices de Tokyo) sont des invariants du cinéma de Kawase, qu'elle reconduit dans ce film qui serait une sorte de trait d'union entre sa veine expérimentale, sa filmographie sensorielle et son dernier opus, Les Délices de Tokyo, plus mainstream et plus sucré.

À trop afficher sa délicatesse et sa tendresse envers ses personnages (les morceaux de piano, trop nombreux, font glisser le film de la sensibilité vers la sensiblerie), la réalisatrice de Still the Water tombe trop souvent dans une mièvrerie de roman-photo. Qu'importe, le scénario, quoique souvent trop appuyé, n'est pas dénué d'une certaine originalité de départ et voir une réalisatrice prendre un tel soin de ses personnages redonne du baume au coeur dans cette sélection de films misanthropes peuplée de personnages filmés comme des pantins sadiques par des créateurs d'une suffisance morbide. Claire Micallef

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