Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma.

 

 

 

 

 

 

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU de Cécile Sciamma

 

Le titre aurait pu s'ajuster à tous les précédents films de Sciamma, pour qui les destins au féminin s'écrivent toujours au gré d'accidents. Sa rigueur schématique, pourtant, en dit long d'office sur le scénario : une ligne claire qui s'écarte un peu trop de la rugosité ou de la sensualité, habituellement plus caractéristique chez la cinéaste. C'est probablement l'écueil de ce beau mélodrame : une absence trop résolue de fêlures ostensibles. Cela n'empêche pas néanmoins le film d'afficher un romantisme noir et profond. Noir comme la mélancolie des tableaux de Caspar David Friedrich, à laquelle la photographie à flanc de falaises ne cesse de se référer. L'essence-même du peintre apparaît aussi subrepticement en amorce lorsque les étudiantes exhument le fameux tableau rappelant l'héroïne (Noémie Merlant, intense et secrète) au souvenir d'une jeune femme dont le bas de la robe s'embrase. En face, la colère rentrée d'Adèle Haenel, véritable volcan en puissance, sied à merveille à cette histoire, en miroir, d'une relation entre artiste et modèle jusqu'à la consubstantiation - mise en abyme du rapport à la création de Sciamma. Dommage toutefois que l'émotion n'affleure pas davantage dans la dernière partie s'en remettant à Orphée et Eurydice, la faute à une structure trop corsetée et circonscrite. Alexandre Jourdain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAMBRE 212 de Christophe Honoré

 

Un pas de côté dans une relation amoureuse a priori inaltérable et ce sont tous les couloirs du temps qui s'ouvrent et s'interpénètrent. Maria est une femme adultère. Une nuit, après avoir été contrainte de faire tomber son masque, elle quitte son époux Richard, laissant à chacun l'opportunité d'explorer ses souvenirs : les amours passés, les amants, la peau jadis plus lisse... Enroulée autour d'une rue parisienne, la mise en scène de Christophe Honoré, diabolique d'efficacité, ne cesse de jouer avec la perméabilité et la ductilité des sentiments. Tangibles ou mentales, les voies béantes sont là pour laisser couler la pensée et les hantises : ce sont toutes ces fenêtres, la route et ces portes... De la musique au montage en passant par le casting, tout est parfait et émouvant dans ce mélodrame. Les vicissitudes amoureuses les plus palpitantes du 72e Festival de Cannes, assurément. A. J.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FAMILY ROMANCE de Werner Herzog

 

Au croisement de BLACK MIRROR et du segment sur la nourriture en cire de TOKYO-GA (Wenders, 1985), se situe FAMILY ROMANCE, film sur l'illusion et l'artificiel. Curieux et parfois touchant, ce nouveau long-métrage de Herzog - faux documentaire et véritable fiction - interroge le rapport du Japon (et par extension le nôtre) avec la modernité à travers le phénomène des rentaru furendo. Ces agences de location pas comme les autres consistent à créer de toute pièce un lien social voire une relation familiale ou amoureuse pour des clients en manque affectif. Il pourrait s'agir de science fiction dystopique mais pas du tout, ce qui en dit long sur l'étonnante résilience du Japon face à l'ultra-modernité. Outre l'histoire, à l'ombre des cerisiers en fleurs de Tokyo, de Yuichi (un faux père joué par un acteur payé pour) et Mahiro (la fille désireuse de faire l'expérience d'un amour paternel), se greffe une série de personnages donnant lieu à des saynètes douces-amères. Un dispositif qui permet à Herzog de déconstruire le cinéma (mise en scène, comédiens...) et le contemporain de façon un peu méta. C'est réussi. A. J.

 

 

 

 

 

 

 

 

72e festival de cannes / jour 5

 

N°23 (été 2019)

Grand dossier sur les 7 péchés capitaux avec le dernier Tarantino, Zahia dans Une fille facile + entretiens Carpenter, Joe Dante, Donnie Darko...