70e festival de cannes / jour 5

Le jour d'après de Hong Sang-soo (1h32)

 

Faire de l'inconnu avec du connu ou de l'archi-connu, du neuf avec du vieux, telle est la magie qui opère dans Le jour d'après, le dernier des trois films de Hong Sang-soo présentés cette année, sélectionné en compétition officielle. A priori, rien de nouveau dans ce brimborion d'intrigue adultère qu'Hong Sang-soo exploite à fond dans ses célèbres plans séquences de joutes verbales à base de bonne chère et de soju. Mais très vite, on se rend compte que le réalisateur dépoussière complètement le vaudeville en mettant en scène un quatuor (chiffre privilégié également dans La Caméra de Claire où la nouvelle employée d'une maison d'édition, après avoir été prise à partie par la femme de son nouveau patron, vraie harpie persuadée que son époux la trompe, alors qu'il entretient bien une liaison, mais avec son ancienne employée, sert finalement d'alibi adultérin commode au couple clandestin, à force de quiproquos et de malentendus.

En subvertissant la figure convenue du trio amoureux avec une douceur retorse, Hong Sang-soo pointe avec peut-être encore plus d'acuité la lâcheté, les faux fuyants et les petits arrangements des hommes. Il fait peser aussi avec malice l'épée de Damoclès d'un double adultère en introduisant ce quatrième personnage de jeune et jolie assistante dans la géométrie classique du triangle vaudevillesque et joue avec les règles de son propre cinéma en lançant de fausses pistes (la variation). Il y un peu de Lettres d'une inconnue d'Ophüls dans ce Jour d'après. Dans un beau noir et blanc ouaté, ce récit sinueux sur la veulerie et l'amnésie masculine, teinté d'un touchant vague à l'âme, est une petite merveille d'intelligence et de sensibilité. Heureusement qu'Hong Sang-soo et son compatriote Bong Joon-ho sont là pour sauver cette sélection plombante, désertée par l'esprit, la légèreté, la finesse et l'émotion. Claire Micallef

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The Klling of a Sacred Deer de Yorgos Lanthimos (2h01)

 

Yorgos Lanthimos est de retour en compétition avec Mise à mort du Cerf Sacré, soit l'histoire d'un chirurgien qui prend sous son aile un adolescent, qui devient de plus en plus menaçant en s'immisçant progressivement au sein de sa famille. Un sacrifice doit être fait en bout de course pour éviter l'irréparable. Apres The Lobster, déjà pas très passionnant, Lanthimos n'a semble-t-il pas réussi le coup d'éclat tant désiré. Le film est tellement une épreuve sadique et méchamment vaine, qu'il est difficile de ressortir indemne de la projection. Une légère nausée traverse notre corps tant le récit, parfaitement épouvantable, bourré d'effets et de petites piques cyniques, est monté pour choquer et éreinter le spectateur. Avec Haneke, Lanthimos continue donc le mépris de l'homme et de la société avec une condescendance indigente et lamentable. Au secours. Thomas Aïdan

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