REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Isabelle Huppert dans Happy End de Michael Haneke.

70e festival de cannes / jour 4

The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach (1h50)

 

Après Desplechin, c'est au tour de Noah Baumbach de recycler les mêmes petites recettes (famille en crise, égo paternel surdimensionné, névrose tous azimuts, avarice paternelle) qui ont fait son succès, de capitaliser sur sa petite symphonie bobo new-yorkaise rentable avec The Meyerowitz Stories comédie familiale éhontément pantouflarde et poussive, où un pater familias, artiste raté qui attend son heure de gloire à 80 ans (Dustin Hoffmann) en fait baver à ses trois enfants (un inactif un brin boiteux joué par Adam Sandler, un comptable (le vilain petit canard) joué par Ben Stiller et une soeur excentrique campée par Elizabeth Marvel). Le film, qui joue la carte de la comédie famille recomposée névrosée et azimutée avec autant de finesse qu'un tractopelle et se pique de la saupoudrer d'une ou deux vannes intello-arty pour faire « indé », réussit l'exploit d'avoir encore moins d'intérêt qu'une comédie américaine mainstream moyenne. Vu la présence de Ben Stiller, c'est une sorte de « Mon beau-père et moi » version paternelle et indé. On se contrefiche de cette soupape familiale caricaturale et soporifique que l'on a l'impression d'avoir vue mille fois. Next ! Claire Micallef

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Happy End de Michael Haneke (1h50)

 

"Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles." Instantané d'une famille bourgeoise européenne. C'est le laconique synopsis qui nous est donné à lire. Casting royal, Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Toby Jones. Haneke reprend ses bonnes vieilles habitudes de vieux dégueulasse qui regarde le monde avec condescendance. Donneur de leçons, misanthrope, et parfois complètement con, Haneke matérialise peut être des inquiétudes contemporaines en s'intéressant aux secrets d'alcôve d'une grande famille bourgeoise mais n'a pas la puissance de feu nécessaire dans le regard pour faire sortir le film de ses gonds. Tout retombe aussi sec comme un couperet malaisant, laissant le spectateur dans le plus grand embarras. Difficile de se remettre de ce film ordurier, pensum putassier, qui ne dit jamais assez son mépris de la condition humaine. Thomas Aïdan

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La caméra de Claire de Hong Sang-soo (1h09)

(Présenté en Séance spéciale)

 

A la veille de la projection du Jour d'après, son film sélectionné en compétition, c'est La caméra de Claire, tourné en marge du festival de Cannes de l'année dernière, qu'il nous a été donné de découvrir en séance spéciale. Annoncé comme un film « vite fait, bien fait » par Huppert herself, ce nouveau film de Hong Sang-soo est bien le film récréatif et minimaliste annoncé (1h09 à peine), dont la modestie de surface n'évacue cependant pas la profondeur et l'ambition formelle : « La caméra de Claire » est un « petit film » de HSS à l'égal de ses grands. Soit un chassé croisé amicalo-amoureux-professionnel, un quatuor choral (une productrice, son assistante et un réalisateur coréens, une professeur de musique parisienne descendue à Cannes pour le Festival) dont la nature des relations et des conflits larvés se révèle par petites touches, grâce à une Huppert photographe amatrice qui butine, primesautière et réjouie, entre les membres de ce trio coréen en crise. Plein de pointes d'humour délicat, de poétique des silences et de la gêne, « La caméra de Claire » est un bel et primesautier haïku sur l'impermanence des êtres, la mesquinerie, la volatilité et la magie des brèves rencontres. Hong Sang-soo filme avec une grâce retorse une scène de licenciement comme une scène de séparation amoureuse, et use dans quelques scènes d'un vrai don de coloriste à la Rohmer, versant « L'ami de mon amie ». Il touche à une grâce inouïe avec ce merveilleux et frais petit impromptu. Claire Micallef

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