REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Too Old to Die Young de Nicolas Winding Refn.

 

 

 

 

 

 

 

 

TOO OLD TO DIE YOUNG (épisodes 4 et 5) de Nicolas Winding Refn

 

Il y a d'abord une chambre dont les rideaux tirés dessinent une fente équivoque : la silhouette démesurée d'un sexe féminin - on pense dans une toute autre échelle au sac jaune du MARNIE de Hitchcock. À l'intérieur de la pièce, apparaissent une jeune femme allongée sur un lit, en proie au désir, et un homme - Miles Teller, plus taiseux peut-être que le Gosling de DRIVE -, lequel préfère se dérober à la passion. Comme toujours chez Refn, le moteur est un rapport sexuel prisonnier du fantasme. Tout, dans TOO OLD TO DIE YOUNG, tient du déplacement de cet épanchement sexuel. C'est comme si la pulsion contenue dans l'ouverture, laissée en suspens dans une optique tantrique, constituait la matière-même de la série, lui donnant sa volubilité et sa puissance. S'y substituent une violence débridée, des cadres très composés (néons, bien sûr, renfoncements en clair-obscur et grands espaces) et des dialogues d'une lenteur toute suggestive, pratiquement lascive. Tant dans la construction des plans que dans le jeu de chat et de souris entre le héros et ses proies, le dispositif suinte le coït, mais dans une monstration par l'allégorie. Mise en scène, photographie (Khondji...), musique (Cliff Martinez en pleine forme), TOO OLD TO DIE YOUNG montre que l'esbroufe de Refn est d'abord une question de langage, un environnement où le beau et le monstrueux demeurent profondément pensés et non pas juste donnés à voir. Ces deux épisodes post-hitchcockiens, presque post-lynchiens (dans leur faux mimétisme de la saison 3 de TWIN PEAKS), impressionnent et hypnotisent. On en redemande. Alexandre Jourdain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIBERTÉ d’Albert Serra

 

Il s'agit d'une rencontre entre un espace tellurique de tous les possibles et son envers à bout de souffle. D'un côté, peut-être, le jardin des délices de L'INCONNU DU LAC, de l'autre la philosophie dans le boudoir du Marquis de Sade, quelque peu édulcorée. Le territoire se présente d'entrée comme une forêt sauvage au crépuscule bientôt engloutie par la nuit : une nuit de stupre où le sublime transite non pas par l'érotisme mais par le libertinage dans son acception ample (sadomasochisme, scatologie...). Les images, toutes gainées par une photographie magnétique en clair-obscur, mettent au défi les corps et la pensée. Toutes sortes de modalités de la liberté sont expérimentées : celle de disposer radicalement de son corps ou de celui d'autrui, de s'abandonner. La morale se mue en terrain de jeu ludique où les convenances se replient sur une symphonie des fluides. Dans cette réalité, plus tangible que les masques auxquels nous oblige la bienséance, le beau et l'immonde n'existent plus. C'est un imaginaire entièrement dédié aux ressorts de la volupté. Mais tous ces corps semblent épuisés, et pas seulement à force de coïts redoublés, comme si la révolution ne pouvait pleinement s'accomplir : ainsi, les sexes ne sont jamais tout à fait turgescents, l'orgasme et la décharge ne viennent jamais dans leur pleine évidence. L'horizon d'extase demeure toujours aussi inaccessible que l'obscurité ou le demi-jour. La semence ne coule pas et seule reste une aurore irréelle et impalpable. Fantastique vision pessimiste d'une fougue toute poétique qui, sous ses faux airs, ne recherche pas l'âpreté politique d'un SALO (Pasolini). Sans aucun doute l'un des films essentiels de ce 72e Festival

de Cannes. A. J.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

72e festival de cannes / jour 4

 

N°22 — En kiosque le 10 mai

Entretien à Madrid avec Pedro Almodovar pour son nouveau film Douleur et Gloire + entretien avec Antonio Banderas + Gregg Araki...