REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Little Joe de Jessica Hausner.

 

 

 

 

 

 

LITTLE JOE de Jessica Hausner

 

Étrange, cette propension de nombreux films contemporains à emprunter in extenso des figures classiques du cinéma de genre sans jamais savoir le justifier côté scénario. Ce fut le cas malheureusement en ouverture du Festival de Cannes avec DEAD DON'T DIE, plate resucée bavarde et désincarnée de Romero. C'est cette fois le tour de Jessica Hausner avec LITTLE JOE, laquelle lorgne avec insistance du côté de L'INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES (Siegel) ou encore LE VILLAGE DES DAMNÉS (Rilla). Si l'on peut distinguer à la rigueur la direction artistique - des plans de fleurs rouges remplissant toujours plus le cadre, comme une contamination -, l'on retient surtout une afféterie ronflante à la Yorgos Lanthimos. Le fait d'articuler le récit autour de la mère façon ROSEMARY'S BABY (Polanski) en rapprochant ses angoisses du fantastique laisse un temps présager un débouché intéressant. Mais Hausner n'en fait rien et se contente d'un banal mimétisme totalement creux et stérile. Navrant. Alexandre Jourdain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ROCKETMAN de Dexter Fletcher

 

Il y avait de quoi s'inquiéter à l'idée de voir un nouveau biopic signé Dexter Fletcher après l'imbécile EDDIE THE EAGLE. Le réalisateur, pourtant, déjoue les perspectives en ne conservant que le meilleur de son précédent essai : l'aimable Taron Edgerton, puissant, sensible et cabotin. La mise en scène se veut à l'image de l'artiste qu'elle porte aux nues : tout à la fois outrancière et parfois virtuose. Par-dessus un schéma éculé (gloire-descente aux enfers-rédemption), l'hagiographie glisse vers la comédie musicale. La construction d'Elton John et sa vie personnelle sont passées au tamis de la fantaisie. Tout reste certes figé dans des représentations déjà vues des centaines de fois mais on évite les trop nombreux stéréotypes de BOHEMIAN RHAPSODY (Bryan Singer). Il y a par exemple moins d'euphémismes et de pudibonderies pour aborder la sexualité, la drogue et autres addictions. Un film biographique qui se laisse suivre sans déplaisir, donc - que l'on apprécie ou non la musique de l'artiste. A. J.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ZOMBI CHILD de Bertrand Bonello

 

D'entrée de jeu, Bonello pose le regard sur un espace flottant et magnétique - le Haïti de 1965 -, place le curseur entre réalisme et onirisme. Il y a d'abord ces plans d'une beauté étourdissante embrassant un rituel vaudou (une concoction mystérieuse, une poudre blanche que l'on dépose soigneusement dans des chaussures), et sa conséquence : la mort d'un homme, bientôt zombifié. Puis le cinéaste inscrit le récit de nos jours autour d'une classe de jeunes filles étudiant à la Maison d'éducation de la légion d'honneur à Saint-Denis. Au gré d'aller-retour entre passé et présent, l'esthétique jongle entre le VAUDOU de Jacques Tourneur et PIQUE-NIQUE À HANGING ROCK de Peter Weir, pourtant sans aucun maniérisme. Comme dans SAC LA MORT (Emmanuel Parraud, 2017), l'objectif de Bonello est notamment politique. Le film de genre lui sert à exorciser le passé des Haïtiens : redonner au zombi sa légitimité, lui rendre ses racines, le libérer de décennies d'ignorance et de malentendus opacifiant son histoire. Dans le même temps, il y a également ces plans splendides capturant l'adolescence contemporaine, ses corps et ses codes. Malgré une structure dont les enjeux se diluent quelque peu en cours de route, difficile de résister à cet objet mouvant, plein de chaos, de circonvolutions et de douceur. A. J.

 

 

 

 

 

 

 

 

72e festival de cannes / jour 3

 

N°22 — En kiosque le 10 mai

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