Louis Garrel et Stacy Martin dans Le Redoutable de Michel Hazanavicius.

70e festival de cannes / jour 3

Le Redoutable de Michel Hazanavicius (1h47)

 

Après l'échec de The Search, on attendait avec impatience Le Redoutable dont les premières images laissaient augurer le retour de Michel Hazanavicius à sa veine plus légère, colorée, à son comique bricoleur et distancié. Conforme à nos attentes, son biopic sur Godard adapté du livre d'Anne Wiazemsky, Un an après, est une adaptation assez fidèle et littérale du livre de celle qui fut sa femme, remixée avec l'esprit facétieux et décalé propre au réalisateur des OSS 117. La première heure est un festival de calembours, de citations (magnifique clin d’œil à la chute de reins de Macha Méril dans « Une femme mariée » notamment), de saillies de Godard (sur la connerie des acteurs, les arguties que permet le marxisme-léninisme...) ; la seconde manque un peu de fantaisie mais arbore un côté envers de roman-photo plutôt drôle et distancié pour dire le désamour et la lassitude d'Anne Wiazemsky pour Godard, trop rentre-dedans, trop péremptoire, trop entier, trop cassant. Conformément au livre de Wiazesmky, Hazanavicius décrit l'homme un peu mesquin, dérisoire, pétri de contradictions, qui se cache derrière le génie : jaloux maladif, révolutionnaire mais bourgeois dans son rapport au mariage et peu enclin à partager la vedette et le pouvoir...C'est un Godard en conflit avec lui-même et les autres que montre le film : à la fois adulé pour ses films les plus dramaturgiques (A bout de souffle, Le Mépris, par contre La Chinoise...) et controversé pour ses prises de paroles à l'emporte-pièces, le réalisateur entend, dans le sillage du tournage de La Chinoise et des événements de 68, faire table rase du cinéma d'avant (y compris de ses propres oeuvres).

Mais Godard n'efface pas l'ancien Godard impunément : sa relation avec Anne Wiazesmky et avec d'autres réalisateurs pâtissent de ses fulgurances extravagantes, de ses prises de positions radicales. Sans grandes surprises, Hazanavicius livre un biopic aux atours parfois assez académiques, mais saupoudré par un réjouissant esprit de farceur invétéré. Pétillant, d'un charme fou, ce « Godard 68 », balisé par des chapitres aux titres désopilants (« Wolfgang Amadeus Godard »), percute gentiment le genre du biopic sans jamais le décorseter totalement, comme a pu le faire Mathieu Amalric avec Barbara. Il n'en reste pas moins que les clins d’oeils, regards caméra et blagues incessantes entretiennent une grande et plaisante complicité entre le film et le spectateur. Qualité d'autant moins négligeable que beaucoup de films de la sélection sont des pensums complètement verrouillés sur eux-mêmes. A la fois mimétique de Godard mais aussi distancié dans son interprétation, Louis Garrel est génial en trublion atrabilaire et contrarié face à une Stacy Martin assez crédible dans les habits étriqués de la petite-fille de Mauriac. La phrase prononcée par un manifestant, « Faut être complètement con pour aller à Cannes cette année, avec tout ce qui se passe là-bas », n'est pas le moindre pied-de-nez de ce film et fait d'autant plus mouche que la projection a été retardée de 40 minutes pour cause d'alerte à la bombe. Redoutable, le bien nommé. Claire Micallef

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120 battements par minute de Robin Campillo (2h20)

 

Nous voilà au début des années 90, alors que le sida décime depuis près de dix ans de nombreuses personnes. Au centre d'une association militante "Act Up-Paris", deux jeunes garçons tombent amoureux. Ce film magnétique, chaleureux, disperse une vérité du sentiment à chaque instant, comme une luciole bienveillante qui nous dit que le plaisir de jouir triomphe de tout. La maladie rattrape certes le récit comme un couperet, mais la beauté fougueuse de cet hymne à l'amour ne peut pas passer inaperçu. Les 120 battements par minute, sont aussi ceux de la caméra, toujours au plus près de ses comédiens - tous formidables -, de ceux qui ont le cœur qui bat, qui veulent vivre intensément, baiser voluptueusement, sans entraves. Une magnifique raison de vivre et de se battre face à la froideur du réel. Thomas Aïdan

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