REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

 

 

 

 

 

 

BACURAU de Kleber Mendonça Filho

 

Le côté sale gosse de Kleber Mendonça Filho n'avait pas attendu Bacurau pour se révéler. À travers une subversion un peu punk et tamisée, ses deux premiers films agissaient en la matière en contrebandiers, comme traversés par de brusques et brèves décharges électriques (la machine à laver, le gang bang…). Cette fois, la participation de Juliano Dornelles - directeur artistique de ses deux premiers longs - à la mise en scène pourrait avoir accentué cette tendance. Avec une urgence de l’ordre de la pulsion, Bacurau – c’est le nom du village imaginaire où se déroule le film – tisse une fable sociale dystopique perchée entre western et survival. Le canevas est celui du Brésil de Bolsonaro, celui d’un espace de corruption et de non-droit contre lequel les deux réalisateurs en appellent à une farouche résistance. À cet effet, se voit convoquée une fougue hautement fétichiste et très Nouvel Hollywood (objectifs anamorphiques, fondus à la Easy Rider…). On retrouve surtout le Peckinpah d’Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia et le Boorman de Délivrance, le Carpenter d’Assaut. À cela s’ajoute une veine plus bande dessinée à la Palomar de Gilbert Hernandez (pour le village, la galerie de personnages atypiques). Politique, sanglant, immoral... le dernier Mendonça Filho opte pour la malléabilité du cinéma de genre et c’est jouissif. Alexandre Jourdain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une grande fille de Kantemir Balagov

 

Du propre aveu (quelque peu présomptueux) de son jeune réalisateur, "Une grande fille" ne serait rien sans l’influence d’Alexandre Sokourov. Aussi gonflée soit la comparaison, le rapport à l’étalonnage des deux cinéastes ne fait pas l’ombre d’un doute, et ce, dès les premiers plans. Comme son mentor et Murnau avant lui, Balagov entretient un rapport étroit avec les teintes et couleurs (en premier lieu les rouges, verts et ocres), grâce auxquelles il donne aussi bien à ressentir les atmosphères que l’évolution psychologique des personnages – à commencer par les deux héroïnes, à fleur de peau et fascinantes. Le cadre est celui de la Russie de 1945 au lendemain de la destruction de Leningrad. On y suit Iya et Masha, deux jeunes femmes tentant de se reconstruire. Bien écrit et construit, souvent très brillant formellement, le film souffre pourtant d’une pesanteur frisant l’affectation. Les dialogues, comme prisonniers d’une chape de plomb, n’évitent ni la raideur ni la solennité. Certes, c’est que les mots de Masha vacillent lorsqu’ils doivent rompre le silence, illustrent en cela la difficulté de retrouver foi en l’humanité. Il n’empêche que l’esthétique de Balagov manque probablement un peu d’humilité et ne libère pas tout le potentiel de ses éblouissantes actrices (Victoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina). A. J.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

72e festival de cannes / jour 2

 

N°22 — En kiosque le 10 mai

Entretien à Madrid avec Pedro Almodovar pour son nouveau film Douleur et Gloire + entretien avec Antonio Banderas + Gregg Araki...