REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Vincent Lacoste dans Plaire, aimer et courir vite.

71e festival de cannes / jour 2

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE de Christophe Honoré (2h12) À GENOUX LES GARS d’Antoine Desrosières (1h38) SAUVAGE de Camille Vidal-Naquet (1h37)

Vent de fraîcheur sur la Croisette en ce deuxième jour. Hormis le sublime film de Christophe Honoré, Plaire, aimer et courir vite, dont nous faisons l'éloge dans le numéro actuellement en kiosque, c'est l'entraînant À Genoux les Gars (Un certain regard) qui nous a le plus séduit. Drôle, impertinent, précis, rythmé, il y a une telle circulation d'énergie dans ce petit film bariolé, certains diront imparfait, mais manifestement vital et sans artifice. Le film déborde de joie et de singularité et son propos n'est jamais tendu vers la caricature : tout se conçoit avec une intelligence de point de vue - notamment sur la condition féminine - qui fait franchement plaisir à voir, et vient nous réveiller un peu. Cannes semble enfin se dévoiler. Quant à Sauvage découvert à La Semaine de La Critique, on retient surtout le fabuleux jeune acteur Félix Maritaud que l'on verra aussi dans Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez en fin de Festival. Sauvage aborde la question de la prostitution masculine non sans clichés, mais l'énergie fiévreuse de la mise en scène n'est pas à sous estimer pour autant. Thomas Aïdan

À genoux les gars d'Antoine Desrosières.

Sauvage de Camille Vidal-Naquet.

_________________

L’ÉTÉ de Kirill Serebrennikov (2h06)

Tout le monde semble prendre un plaisir fou devant Leto, le film russe de Kirill Serebrennikov - assigné à résidence. Pourtant malgré une mise en scène entraînante, l'ensemble ne convainc pas pleinement. Les effets de style sont souvent lourds et pas nécessairement revigorants. Et politiquement plutôt anecdotique. Mais comme le film a divisé la rédaction, certains trouvant le récit punk à souhait, nous y reviendrons plus longuement dans notre retour de Cannes début juillet en kiosque. Thomas Aïdan

_________________

PETRA de Jaime Rosales (1h47)

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, PETRA confirme la place singulière et précieuse du cinéaste espagnol Jaime Rosales. Son œuvre, reliant expérimentations formelles et réflexions sur des narrations elliptiques, trouve en PETRA un beau prolongement de son nouveau rapport au cinéma amorcé avec LA BELLE JEUNESSE (présenté à Un certain regard en 2014). La caméra, ici souvent flottante, de Rosales dessine les contours d’une jeune artiste s’entichant d'un vieux mentor acariâtre dans une splendide campagne espagnole. La simplicité apparente du récit ne doit pas faire oublier la brillante construction orchestrée de main de maître par Rosales qui choisit de bouleverser sa narration en inversant les différents chapitres qui la constitue. La reconfiguration permanente des rapports humains au sein de PETRA laisse au spectateur une place suffisamment généreuse pour contrebalancer la distance froide avec laquelle le cinéaste espagnol dissèque, pour mieux en faire l'archéologie, ce milieu bourgeois pétri de ressentiment. Ainsi, avec PETRA, Rosales déconcerte autant qu'il fascine, d'autant plus qu'il permet à Barbara Lennie de prouver une fois de plus la bouleversante puissance de son jeu. Morgan Pokée

 

N°16 — En kiosque le 3 mai

Spécial Hollywood (entretiens exclusifs avec Sharon Stone, Barbara Steele, Walter Hill)

+ les films de Cannes 2018, Caroline Champetier...