Ahn Seo-hyeon dans Okja de Bong Joon-ho.

70e festival de cannes / jour 2

Okja de Bong Joon-ho (2h)

 

Le début de la projection restera dans les annales du festival de Cannes : huées, applaudissements ricanants dès le générique, problème de format, interruption du film... Mais l'esprit farcesque coutumier de Bong Joon-ho a su rapidement mettre les spectateurs dans sa poche et calmer la cabale contre le grand méchant Netflix, même si on ne peut s'empêcher de regarder ce pamphlet militant déguisé en farce réjouissante à l'aune de la polémique. Quand un groupe d'activistes écologistes enlève Okja, énorme truie grisâtre 100 % OGM, rejeton monstrueux d'un programme enclenché par une multinationale américaine, on ne peut s'empêcher d'y voir la métaphore involontaire d'exploitants désireux de soustraire le film au monstre capitaliste Netflix pour le réintégrer dans le circuit vertueux de la distribution en salles.

Diluée dans une gigantesque farce menée tambour battant, la charge anticapitaliste de Bong Joon-ho n'en est que plus percutante et délectable, surtout dans cette édition du festival où le regard sur les problématiques contemporaine (migrants, individualisme, prédominance de l'image...) est aussi gris et lourd que la truie Okja. Encore plus mondialisé et américanisé que pour Snowpiercer, le cinéma de Bong Joon-ho ne perd pas de vue avec Okja sa verve originelle, son côté potache et goguenard, sa désinvolture cocasse (les personnages de pieds-nickelés pullulent toujours dans ses films), son rythme trépidant (fascinantes scènes de course poursuite et de chaos au supermarché). Il manque peut-être à Okja ces ruptures de ton réjouissantes, cet effet de surprise et de retournement permanent qui faisaient le sel de Mother et de Memories of murder. Mais ce rodéo porcin énergisant, pop et tendre, qui offre un boulevard à Tilda Swinton (dupliquée encore une fois comme dans Ave, César! des frères Coen) parfaite en grande prêtresse cocasse d'un capitalisme « friendly » et à Jake Gyllenhal, délicieusement cabotin, est une bouffée d'air, un trésor au milieu d'un cimetière de films plombants et pontifiants. Claire Micallef

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The Square de Ruben Östlund (2h22)

 

Ruben Östlund était venu au Certain Regard en 2014 pour Snow Therapy, sur fond de crise de couple. Il revient cette année, cette fois ci en compétition, avec un film d'une vacuité consternante, "The Square", portrait inénarrable et pathétique d'une bourgeoisie snob et "cultivée", avec en tête de gondole un conservateur de musée plongé dans un profond dilemme. Donneur de leçons (notamment sur les pratiques contemporaines de communication) le film se veut arty et expérimental mais n'entend jamais faire circuler un soupçon d'humanité dans ce magma puant, interminable (2h22), misanthrope, pour ne pas dire putassier, qui réduit les hommes à de purs concepts théoriques sans ambivalences, se contentant d'enfoncer des portes ouvertes. Le film est déjà tellement satisfait de ses effets, le spectateur est-il indispensable devant ce nanar putassier ? Thomas Aïdan

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