Les Misérables de Ladj Ly.

 

 

 

 

 

 

LES MISÉRABLES de Ladj Ly

 

S’il échappe à l’artificialité et à l’imposture de Dheepan (Audiard, 2015) dans son regard sur les banlieues en proposant une vision plus juste et nuancée, Les Misérables succombe en revanche lui aussi à une écriture des plus pompières. Le désir de réinvestir un territoire – ici les cités de Montfermeil – abandonné par le cinéma et le politique en lui offrant une rédemption par la fiction est certes louable. Pour autant, cette volonté s’efface au profit d’une mise en scène tape-à-l’œil et d’une accumulation stupéfiante de clichés (les punchlines tapageuses à la Polisse, les gitans…). Le baptême du feu de Ladj Ly, malgré son ouverture réussie – scène de liesse caniculaire en apesanteur au soir de la Coupe du Monde 2018 – ne peut aujourd’hui prétendre incarner l’onde de choc de La Haine. La distorsion entre velléités grand spectacle et réalité sociale semble en effet bien trop abyssale pour approcher le réel. Alexandre Jourdain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LITIGANTE de Franco Lolli

 

Pour son deuxième film après le subtil Gente de bien (repéré à la Semaine de la critique en 2014), Franco Lolli croque le portrait d’une famille de la bourgeoisie colombienne, celui d’une clique dysfonctionnelle comme on en trouve chez Almodovar (en plus espiègle). Il y a Leticia, mère septuagénaire acrimonieuse dont le cancer entre en phase terminale. Mais il y a surtout sa fille Sylvia, avocate impassible et mère célibataire qui se retrouve malgré elle mêlée à une affaire de corruption. C’est autour d’elle que Lolli articule son récit : il la scrute face au deuil qui se profile, confrontée à une idylle inopinée ou juste hantée par des états d’âme. L’engagement du cinéaste est palpable, quelques personnages s’avèrent attachants, mais l’absence de parti pris tant au niveau de la mise en scène que de l’écriture finit par dissoudre la proposition dans un entre-deux quelconque. Un portrait de femme moderne un peu trop hésitant, en somme. A.J.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE DAIM de Quentin Dupieux

 

C’est une marque de fabrique chez Dupieux depuis Rubber et à laquelle se conforme Le Daim : un filtre ocre donnant aux couleurs une pâleur étrange, alliage entre fétichisme seventies et velléité numérique sans borne, absorbe toujours l’espace et les personnages. L’importance de ce voile apparaît même essentielle tant il semble plier chaque dialogue ou mouvement à ses règles absurdes (l’anthropomorphisme du pneu en miroir à celui de la veste). Confirmant la trajectoire de Réalité, lequel reposait sur un systématisme jusqu’au-boutiste et une écriture mathématique, Le Daim déroule un dispositif de translation (la mutation de Jean Dujardin sur le mode Body Snatchers d'Abel Ferrara) d’une linéarité déconcertante. Le plaisir de retrouver les obsessions de l’auteur, son mélange entre gravité et drôlerie, voisine un certain sentiment de lassitude. On apprécie quand Dupieux convoque le Hitchcock de Psychose (le motel, la douche) ou Frenzy (les accessoires), de même que le jeu distancié des acteurs. Il manque ici pourtant un supplément d’âme aux seules idées fixes du cinéaste. A. J.

72e festival de cannes / jour 1

 

N°23 (été 2019)

Grand dossier sur les 7 péchés capitaux avec le dernier Tarantino, Zahia dans Une fille facile + entretiens Carpenter, Joe Dante, Donnie Darko...