REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Les Oiseaux de passage de Ciro Guerra.

71e festival de cannes / jour 1

YOMEDDINE de Abu Bakr Shawky (1h35)

Il fallait presque se pincer pour croire à la sortie de YOMEDDINE que le film était réellement en compétition à Cannes. Disons que nous avions rarement été aussi consterné devant une telle « proposition » au formatage pour le plus moins édifiant. Le pire du pire du World Cinema s'affichait fièrement à chaque minute sous nos yeux : pétri des conventions les plus éculées, le premier long métrage de Abu Bakr Shawky ressemble à un court métrage de 15 minutes multiplié par 6 pour atteindre la durée idéale de 1h35 environ. Au-delà du systématisme aberrant de la narration (un road movie entre un lépreux et un enfant qui ne cesse de redémarrer interminablement sous les mêmes auspices), ce qui met en rage est l'absence totale du début d'une idée de cinéma dans ce gloubi-boulga exotique standardisé pour le marché mondial. L'espace du film, son territoire, la construction de sa consistance restent à l'état de pure fantasme folklorique pour le moins dérangeant. Morgan Pokée

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DONBASS de Sergei Loznitsa (2h01)

C'est à Sergei Loznitsa que revient cette année l’honneur d’ouvrir la sélection d’Un certain regard, après être passé par la case Compétition il y a tout juste un an pour Une femme douce. Comme son titre l’indique, Donbass se déroule dans le bassin houiller du même nom, partagé entre l’Ukraine et la Russie. En mars 2014, un conflit armé éclate dans le Donbass entre des rebelles russophones et les nouvelles autorités centrales de Kiev. C’est précisément sur ces événements que revient Loznitsa. Donbass étonne d’ailleurs par sa virulence à l’égard des différents pouvoirs en place, chaque séquence se cristallisant sur les violentes tensions surgissant entre des citoyens et tels bureaucrates ou tels militaires. C’est que Loznitsa organise son nouveau film comme une suite – pour le moins répétitive – de scénettes se succédant comme un passage de relais entre différents personnages surgissant de manière inopinée dans le plan. On pourrait légitimement louer cette audace narrative – notamment pour sa capacité à dépeindre, l’air de rien, un écosystème politique d’une impressionnante ampleur – si elle ne constituait pas également la limite rédhibitoire de Donbass qui s’agence alors de manière nébuleuse autour de personnages et de situations dépeints à gros traits. Morgan Pokée

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WILDLIFE de Paul Dano (1h44) LES OISEAUX DE PASSAGES de Ciro Guerra et Cristina Gallego (2h05)

Le Festival commence sans éclat. On attendait beaucoup des films d'ouverture de la Semaine de La Critique (celui de Paul Dano) et de la Quinzaine des réalisateurs (celui de Ciro Guerra, après le merveilleux L'étreinte du Serpent) mais le moins qu'on puisse dire que c'est que le choc attendu n'a pas eu lieu. Si le film de Guerra, malgré son manque de force esthétique, dégage malgré tout une certaine énergie narrative assez saisissante, le premier long métrage de Paul Dano pâtit quant à lui d'un manque total de scénario et de mise en scène. L'ensemble est si académique qu'on se demande ce qui pu bien pousser le jeune acteur à passer derrière la caméra pour livrer un tel travail aussi sage, voire à triste mourir. Ce n'est pas non plus le premier « événement » qui vient du Kenya, Rafiki, découvert dans la section Un certain regard qui nous apportera plus d'exaltation. Ce récit sur deux filles lesbiennes amoureuses en Afrique aurait pu être déchirant mais le film reste modéré à tout moment, nettoyant son sujet au lieu de lui donner une charge critique féroce, à l'image de la réalité (si l'on en croit les récents articles de presse). Thomas Aïdan

Wildlife de Paul Dano.

Les Oiseaux de passage de Ciro Guerra.

 

N°17 — En kiosque le 5 juillet

Le fétichisme au cinéma (Under the Silver Lake, Un couteau dans le coeur, entretien avec Brian de Palma) + Burning de Lee Chang-dong, Lav Diaz