REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

Julianne Moore dans Wonderstruck de Todd Haynes.

70e festival de cannes / jour 1

Faute d'amour de Andrey Zviaguintsev (2h07)

 

Apres la présentation en compétition de Léviathan en 2014, le cinéaste russe est de retour avec Faute d'amour, également dans en course pour la Palme d'or. Le récit est assez simple : c'est l'histoire d'un couple en phase de divorce qui délaisse leur enfant de 12 ans. Puis un jour celui-ci disparaît. Faute d'amour, justement. Certains feront l'éloge de la maîtrise du geste et de son ironie constante sur le monde contemporain, alors que tout apparaît extrêmement premier degré et très superficiel. Le cinéaste réduit les sentiments à des éléments de scénario, sans jamais réellement les faire grandir au fil du temps. Le film est monocorde, sans surprise, linéaire, mais sa monotonie ne va pas sans rien, elle se couple à une caricature du siècle, entre iPhone à gogo et appartements vides et froids. Cette manière de vider toute charge poétique de son récit fait de cette Faute d'amour, une "faute de cinéma", laissant de côté son principal et unique sujet : l'enfance à l'épreuve des adultes. Mais au final, tout le monde s'en moque. Thomas Aïdan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 69ème Festival de Cannes s’est donc ouvert sur Café Society de Woody Allen, l’histoire d’un jeune homme se rendant, en plein coeur des années 30, à Hollywood avec pour ambition de travailler dans l’industrie du cinéma. Le film trace le récit de ce « café society » et de ces années folles.

 

 

 

 

 

 

Wonderstruck de Todd Haynes (2h)

 

Cela pourrait presque être un film de Jeff Nichols urbain : fascination pour l'enfance solitaire, autarcique et fugueuse, irruptions syncopées du surnaturel et du mystère dans la quotidienneté, éclipses bleutées... Mais non, le chantre de l'enfance ici, c'est Todd Haynes, qui avec Wonderstruck, livre une étonnante proposition de cinéma, un film télépathique-initiatique scindé en deux. Le jeune Ben vit en 1977, dans un chalet du Minnesota, tandis que Rose, adolescente en 1927, dans le New-Jersey se passionne pour une grande actrice de cinéma. La face A arbore les couleurs chatoyantes du Nouvel Hollywood, la face B, les atours d'un film muet en noir et blanc. Une connexion, un fluide mystérieux semble relier ces deux destins que cinquante ans séparent. Procédant par lents à-plats de scènes initiatiques (naissance de l'amitié entre deux garçons, quête des origines, cavale...) et effets de surprise qui cueillent le spectateur avançant à tâtons dans cette histoire méandreuse, le récit finit par atteindre un point de jonction et de résolution pour le moins décevant et mièvre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n'en reste pas moins que la stylisation et le savoir-faire de Todd Haynes opèrent toujours (les deux scènes d'arrivée à New York sont électrisantes) et que cette capacité à se mettre à hauteur d'enfant, tout en prenant le risque de flirter avec une naïveté un peu trop doucereuse, mérite d'être saluée. Le réalisateur de Carol filme avec empathie et bienveillance le cheminement d'enfants enfermés en eux-mêmes par la force des choses, qui finissent par s'ouvrir et faire l'apprentissage, magnifique, de l'altérité et de l'amitié. Planant (on y entend Space Oddity de Bowie) et prenant, Wonderstruck est une belle aventure de cinéma, qui aurait mérité de s'accrocher un peu plus à l'inconnu. Claire Micallef

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barbara de Mathieu Amalric (1h37)

 

 

Ceci n'est pas un biopic. C'est un film méta vertigineux, le suivi hypnotique d'une actrice autant que d'une chanteuse au travail. Avec sa mise en scène caressante et enfiévrée, Mathieu Amalric ferait mentir le proverbe « Qui trop embrasse mal étreint ». Présenté en ouverture d'Un Certain Regard, Barbara est une embrassade fougueuse autant à son actrice et ex-compagne, Jeanne Balibar (majestueuse et folâtre), qu'à la chanteuse de l' « Aigle noir », un portrait passionnant, en anamorphose, de « Balibarbara ».La première interprète une actrice aux atours excentriques (talons aiguilles colorés, pantalons moulants et blouson doré), Brigitte, qui incarne Barbara dans un film en train d'être tourné par un réalisateur joué par Amalric lui-même. Prisme intéressant et moins intimidant que le biopic strict pour approcher « la longue dame brune », sa mise en abyme alterne scènes de tournage, images du film, collation d'anecdotes/transcription d'enregistrements préparatoires, images d'archives : autant de scènes qui s'entrechoquent d'abord sans transition, selon un rythme disruptif, pour se fondre ensuite dans un même mouvement élégiaque. Barbara est un portrait diffracté et déroutant qui joue de la porosité entre l'actrice et son modèle, toutes deux tour à tour sobres, truculentes et habitées, le chant et le jeu, la réalité et la fiction. Envoûtant et crépusculaire à l'image de la chanteuse, Barbara est une ode endiablée et lyrique à l'excentricité. Et cela ne peut manquer d'être signalé, le rare et discret Pierre Michon, auteur de Vies minuscules, tient un petit rôle dans ce film qui exalte une vie majuscule. Claire Micallef

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