REVUE BIMESTRIELLE DE CINÉMA

ÉDITO DU N°16

« Esprit hollywoodien »

MAI-JUIN 2018

Cela fait quelque temps que nous voulions réaliser un ensemble sur Hollywood, autant pour célébrer son histoire que pour enquêter sur ses perspectives d’avenir. Que reste-t-il donc de cette immense forteresse enchantée, qui a toujours impressionnée tout le monde, même un critique aussi affûté que Jean Douchet, lorsqu’il devait interviewer Alfred Hitchcock dans les années 1960 ? Les plus grincheux diront pas grand-chose. Mad Movies a d’ailleurs tranché le mois dernier en se demandant sempiternellement si Hollywood n’était pas en réalité en train de détruire le cinéma. Les plus geeks affirmeront au contraire qu’il s’agit d’une période géniale, où Marvel et les super-héros dominent pour le plus grand plaisir des spectateurs désireux de voir du « divertissement ». Mais résoudre le problème ainsi paraît malgré tout un peu bancal. On ne peut pas être aussi manichéen, puisque manifestement il n’est pas uniquement question de « style » mais « d’esprit » : quel est-il ? Les films hollywoodiens ne ressemblent à rien d’autre, et ont influencé toutes les cinématographies internationales et continuent, qu’on le veuille ou non, à investir nos imaginaires. L’esprit d’Hollywood est un geste de la pensée, une « manière d’être » en tant qu’artiste. Même quand Lynch filme Los Angeles, il déploie lui aussi une histoire d’Hollywood, en réveillant les cauchemars et en filmant les S.D.F. Les films américains n’ont pas toujours été tendres avec Hollywood, pourtant le désir de filmer les déboires comme les extases, reste intact. Ce territoire continue de fasciner et perpétue un mythe qui regorge de films d’une incroyable cohérence. Au milieu de ce monde parfois vermoulu, une star nous a toujours particulièrement fascinés, de par sa détermination. Sharon Stone avait déjà dépassé la trentaine lorsqu’elle fut ­glorifiée. C’est Paul Verhoeven qui la découvre et lui donne enfin un grand rôle, dans lequel « son corps de liane », pour para­phraser la très juste formule de Clélia Cohen à son sujet dans Libération, pouvait s’exprimer pleinement, dans ­TOTAL RECALL (1990). Suit BASIC INSTINCT (1992), avec ses scènes toutes plus cultes les unes que les autres. Visage immarcescible, captivant à l’extrême, capable de bondir d’émotion en émotion sans jamais s’épuiser, Stone obsède les cinéphiles. C’est probablement la comédienne hollywoodienne la plus passionnante, on peut facilement la comparer à Lauren Bacall ou à d’autres grandes sirènes d’Hollywood. On ne pouvait pas voyager à Los Angeles sans converser avec cet esprit libre et rock, qui n’a pas pris une ride, et qui, avant de faire son retour chez Scorsese en 2019, nous rappelle combien Hollywood est peut-être le lieu de tous les dérapages, mais c’est aussi un endroit où l’émotion est principielle.

Thomas AÏDAN

BASIC INSTINCT, Paul Verhoeven

La Septième Obsession N°16, revue bimestrielle de cinéma

 

N°16 — En kiosque le 3 mai

Spécial Hollywood (entretiens exclusifs avec Sharon Stone, Barbara Steele, Walter Hill)

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